Biographie de Frédéric Levavasseur

Pierre Louis Frédéric Le Vavasseur naquît à Ste Marie le 15/02/1811, issu d’une famille de colons, installée depuis une génération à Bourbon.

L’île Bourbon à cette époque, était une colonie peu moralisée, dérivante, où sévissait encore l’esclavage. La révolution de 1789 avait aboli toutes les congrégations religieuses, et seuls 5 prêtres fort âgés subsistaient pour toute l’île.
Frédéric était plutôt un enfant impétueux ; parfois indiscipliné, ses parents choisirent de le placer au collège Royal, sous l’autorité d’un Spiritain. C’est vers l’âge de 14 ans, alors qu’il fût admis à la première communion, que vinrent ses premières inspirations religieuses. Mais ce n’est qu’après son départ pour la France, pendant ses années préparatoires à Versailles pour intégrer Polytechnique que s’affirmèrent ses convictions.
Préoccupé depuis son plus jeune âge par la condition des esclaves de Bourbon, il s’occupera dès lors d’instruire, secourir, soigner, ces malheureux des colonies. Il s’y consacrera avec l’appui de l’église. En effet ; la réprobation de l’esclavage avait été de tous temps une des luttes du catholicisme. Avoir su participé à ce combat sans révolution violente, mais par la force de sa doctrine, de sa morale, est une de ses victoire. C’est pendant ses années de séminaire que Frédéric Le Vavasseur, ainsi qu’ Eugène Tisserand (originaire aussi des colonies) présentèrent leur projet d’apostolat au Père Libermann : « Une Congrégation religieuse pour l’évangélisation des affranchis et du peuple noir des colonies ».
Rappelons qu’en 1839, bien qu’aboli officiellement depuis le 04/02/1794, l’esclavage perdurait à Bourbon. L’intégralité des esclaves avaient été affranchis à Maurice en 1834 par les Anglais. Des émeutes sanglantes s’en étaient suivies. L’affranchissement à Bourbon était inéluctable mais nécessiterait donc une préparation. Préparation sociale et morale : réapprendre à vivre ensemble. Pour ce faire, le noviciat des « Missionnaires du Saint cœur de Marie » s’ouvrit à la Neuville (près d’Amiens) le 27 sept. 1841. Le père Frédéric Le Vavasseur revint à la Réunion le 10/06/1842, sa tâche allait être rude, confronté aux problèmes coloniaux, à la moralité créole soucieuse de garder ses privilèges, à l’autorité ecclésiastique en place, aux tracasseries administratives …
Il fit édifier une première petite église à Sainte Suzanne, ouverte aux noirs. Devenue rapidement trop petite, M. Boyer de la Giroday, planteur convaincu par cette noble cause, en fit construire une plus grande sur sa propriété de Deux-Rives. Puis Notre Dame des bons secours à Quartier Français. Dès lors, on donna à Frédéric Levavasseur le surnom de « Père des noirs ». Parallèlement à ses missions d’instruction, d’aide et de soins aux populations locales, il rencontra le Père Laval à Maurice afin d’ouvrir aux jeunes créoles, noires ou blanches, une « Maison des Religieuses » commune où elles recevraient à Bourbon l’enseignement nécessaire pour repartir ouvrir des écoles à Maurice. Le premier couvent fut ouvert à la Rivière des pluies, première fondation des « Filles de Marie », dirigé par sœur Marie Magdeleine de la Croix. Nous y reviendrons.
Le 8 juin 1848, la République fut proclamée à Saint-Denis, l’île Bourbon devint définitivement l’île de la Réunion. Le 18 octobre 1848, Sarda Garriga arriva, il fût réjoui de voir la foule l’attendre dans le calme. Il fallait craindre en effet que, comme à Maurice en 1835, des émeutes sanglantes n’éclatent à l’annonce de la libération. Dès le lendemain de son arrivée il voulut rencontrer le Père Levavasseur, et ils travaillèrent ensemble les deux mois suivants pour préparer cet affranchissement total, il fallait dédommager les créoles, trouver des engagements aux affranchis,... Le père Levavasseur suggéra à Sarda Garriga une tournée préparatoire de toute l’île. Ils la firent ensemble. La date du 20 décembre fût retenue pour l’annonce finale. Tout se passa dans le calme et l’allégresse. On aurait pu penser que la mission du Père Levavasseur puisse s’achever à ce moment.
Ce serait mal connaître sa nature perfectionniste et exigeante. Il poursuivit en créant des « écoles gratuites d’apprentissage au travail ». La première fût une école agricole à Rivière des pluies. Chaque affranchi, dans son nouveau statut d’homme libre, devait avoir les mêmes chances que chacun.
Ce n’est que le 28/11/1849, après 7 ans d’apostolat, que Frédéric Le Vavasseur fût rappelé en France, à la nouvelle Congrégation du Saint-Esprit (fusionnée avec celle du Saint Coeur de Marie). Il avait acquis à Bourbon, la réputation d’ « homme à débrouiller les situations les plus difficiles ».
Il fût pendant les 27 années suivantes entièrement dévoué à la Congrégation, gardant contact par un abondant courrier avec les Filles de Marie. Frédéric Le Vavasseur s’éteint le 16 janvier 1882, à l’age de 71 ans. Ses restes mortels furent ramener le 8 mai 1969 à la Providence, berceau de la Congrégation des « Filles de Marie ».
Vous pouvez visiter à la Providence le musée de « La vraie fraternité », y découvrir l’œuvre des Filles de Marie, et avec un peu de chance vous recueillir quelques instants dans le patio intérieur, havre de paix et de verdure au cœur de Saint-Denis, où reposent côte à côte Sœur Marie Magdeleine de la Croix et le Père Frédéric Le Vavasseur.
Mais où sont les liens qui unissent l’Association au nom de Frédéric Le Vavasseur ? Vous le saurez dans un prochain épisode.
Nb : Ce court résumé de la Biographie de F. Le Vavasseur n’est qu’un pâle reflet de son action., principalement tiré de l’ouvrage de Mgr Alexandre Le Roy. Le monastère de la Providence a ses propres archives.

Alain Labbé

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